In memoriam de la vignette auto

Qui s’en souvient ? Seulement les plus de 25 ans. Ce petit carré de papier autocollant, ce sésame de voiture pour lequel on arpentait les rue, dans l’espoir de trouver un tabac ouvert. Fumeurs ou non fumeurs, là n’était pas la question, c’était ce bureau ou celui  de la trésorerie ouvert deux  heures par semaine.

La saison des vignettes commençait pratiquement en même temps que celle du beaujolais. S’il l’on se demandait quel goût le vin aurait cette année-là, une question allait de pair : de quelle couleur la nouvelle vignette serait-elle. Et enfin, un soir de début novembre, le présentateur triomphant ouvrait  le journal avec une joie non dissimulée : bleue, elle serait bleue [1].

Après le temps de l’achat venait le temps de coller celle-ci sur le pare-brise. 2 écoles s’affrontaient :

Les « comme mon père » :

Grands amoureux de la voiture ils avaient pris soin de décoller délicatement à l’éther la vignette obsolète. Mais il avaient étudié aussi les angles morts existants sur un pare-brise occasionnée par une vignette hâtivement collée. Le délicat choix revenait exclusivement aux propriétaires de ladite voiture et l’opération pouvait prendre plusieurs minutes !

C’est ainsi que suivant ces préceptes et après de longues années d’expérience in vivo, la meilleure place d’une vignette auto se trouvait derrière le rétroviseur. N’en déplaisent aux gendarmes.

Il y avait aussi les « collectionneurs » :

Grands amoureux…des autocollants, ces derniers avaient optimisé la surface de leur pare-brise en collant les vignettes bord à bord.

Les plus anciennes voitures offraient en l’an 2000 un encadrement multicolore. Non seulement les pare brises étaient réduits à peau de chagrin, mais souvent le phénomène était présent sur la vitre arrière qui était quand à lui réservé aux autocollants touristiques.  On pouvait alors retracer 15 ans de séjours estivaux en faisant des associations : « J’aime la Rochelle – 99 » « corsica 82 » etc.

Enfin, c’était un geste de solidarité avant-gardiste envers les personnes âgées, seulement renouvelé depuis par l’achat de brumisateurs dernièrement [2].

[1] En quelle année ?

[2] Canicule 2003

Eloge de la plaque d’immatriculation

2006 : c’est la fin. La carte de France se désagrège,  les départements disparaissent, les contours régionaux se floutent. Non ne cherchez pas vos lunettes. Ce n’est pas vous. C’est elle. Qui s’en va…La plaque d’immatriculation, ces lettres, ces chiffres et ce numéro de département qui fait de notre titine un véhicule unique. 2006, reléguée aux oubliettes et remplacée par une plaque ad vitam eternam, que nous trimballerons d’auto en auto, qui ne voudra plus rien dire, un  numéro parmi d’autres.

Pourtant, cette plaque donnait tant de sensations et ce, dès son attribution. Rappelez-vous lorsque vous attendiez à la sous-préfecture que l’on vous donne le papier magique et que vous priiez pour que certaines combinaisons de lettres n’apparaissent pas. Mais dont vous riiez lorsque vous doubliez d’autres moins heureux affublés d’un intime WC ou encore d’un approprié OQP.

Et ces départements égrenés sur la route, toutes ces évocation géographiques comprises dans les deux derniers chiffres : 41 : ah le Loir et cher, les châteaux de la renaissance. 74 : ah la montagne, Evian, le lac Leman. 32 ! Ah le 32… Le 32 ? le 32 vous dîtes ? Le 33, c’est la Gironde, donc c’est un département en G. Le Gard ? Non, c’est le 31. Le Gers ? Gagné ! Un véritable outil de révision géographique, qui faisait appel à la mémoire et à la perspicacité (et qui pouvait occuper nos enfants pendants quelques minutes comme naguère nous nous amusions à compter les Deudeuches vertes).

Comment saurons-nous désormais, dans quel coin de France nous sommes entrés ? Nous étions jusqu’alors  épargnés dans notre méconnaissance géographique grâce aux plaques : devant un nombre important de 81, nous finissions (par tâtonnement successifs mais silencieux) par nous exclamer triomphants : ah le Tarn ! Ce département qui a vu naître Jaurès ! Et nos co occupants se retournaient admiratifs.

Et quel outil sociologique ! Que de connaissances en matière de comportement, de vie sociale nous pouvions engranger à la lecture seule de ces plaques. Imaginez le sentiment de peur qui s’emparait de toute voiture immatriculée 75 lorsqu’elle entrait dans le 13.  Oui, non mauvais exemple, un 75 dépassant le périph, impossible. Vous voyez ? Ces immatriculations ont une âme. Les lettres précédents le département qui nous renseignait sur la population de ces départements. Certains affichaient un petit CF et d’autres un triomphant : CET écrasant le précédent d’une courbe démographique hymalayesque.

Quelle richesse de vocabulaire nous perdrons aussi ! Plus de : encore un 75 qui roule au milieu ! s’croit sur l’ périph  ! Rentre à Paris et roule en bus !  Ou bien : rentre dans ta brousse péquenaud lancé à toute 4L rescapée du contrôle technique rencontrée dans les départements compris entre le 02 et 73. Ou encore : qui leur apprend à conduire ici ? Le summum étant de rencontrer une 4L immatriculée 75 avec un autocollant A collé sur la vitre arrière … Jubilation extrême de tout conducteur. Des heures de discussion garanties.

Il faut se résigner, les nouvelles plaques ne seront que des combinaisons éteintes et sans histoire, rendant la route morne et longue.

Poésie éphémère

(A venir)