18h50 : je file. Vers l’inconnu. Une adresse, mon sac à main, une tenue sexy. Je cours, je vole vers mon rendez-vous. Mon mari m’a regardée d’un air goguenard, m’a détaillée de la tête aux pieds. M’en fiche.

18h58 : j’arrive au rendez-vous. Mes mains tremblent, je suis essoufflée.

Un coup sec sur la porte. A l’intérieur des rires. Mon amie me sourit d’un air entendu. Tu es parmi les premières. Tant mieux, je déteste arriver en dernier et saluer tout le monde.

Le salon est accueillant. Une amie est déjà assise sur le canapé, enceinte jusqu’aux yeux. Une femme inconnue se tient debout devant la table de salon. Une poignée de main. Je m’assois. Que fais-je ici.

Nouveau coup de sonnette : Je jette un œil. 2 femmes de mon âge et une autre plus âgées pénètrent dans le hall d’entrée. A l’aise, contrairement à moi. Mon amie les fait passer dans le salon. Présentations rapides, ce n’est pas important ce soir.

Nous voilà au complet, 3 sur chaque canapé. Les habituées d’un côté et nous de l’autre. Je papote grossesse et prise de poids, accepte un verre de jus de tomates et des toasts. J’ai faim. Mais le repas est encore loin.

La femme inconnue est toujours debout et réclame notre attention. Immédiatement les habituées se taisent tandis qu’avec ma voisine nous continuons de converser ce qui nous vaut un regard noir du reste de l’auditoire.

Sur l’îlot central, des dizaines de boîtes en plastiques, des ustensiles de cuisine, des moules en silicone. Là je réalise. Pour la première fois de ma vie, j’assiste à une réunion tupperware ! Je réprime un fou rire, mon amie-hôtesse-d’un-soir aussi. C’est nerveux.

L’animatrice Tupp entame son argumentaire. Et nous voilà à nous esbaudir devant des fouets plats, des becs verseurs ultra pratique, des couleurs vert pomme et orange de la dernière mode. Je suis dans la quatrième dimension.

Les trois habituées se sont levées et ont pris place autour de la table, nous restons prudemment sur le bord du canapé. Non seulement ces femmes sont habituées, mais elles sont fans. Ne ratant aucune des réunions animées par Monique. Qui s’empresse de nous distribuer des bons de commandes.

La sonnette une fois de plus. Une femme entre en coup de vent, s’assoit avec ses 2 enfants, remplit le bon de commande et 10 minutes plus tard repart aussi vite.  Je suis victime d’une hallucination.

La réunion est bien rodée : trois temps forts. Présentation, démonstration avec réalisation de 2 recettes (décidées avec l’hôtesse une semaine avant) et dégustation. Avec tout ça, je ne vais pas manger avant 22h. Je reprends un toast. Un début de migraine.

L’animatrice entreprend la réalisation d’un plat de poissons dans une cocotte pas en fonte mais de la même couleur, qui passe au micro ondes et au four et évite de salir les dits appareils. D95 sur le bon de commande. Nous, pauvres débutantes oublions de noter  la recette et le code. Les habituées griffonnent allègrement sur leur papier.

Hop au four et pendant ce temps, nouvelle recette de muffins qui seront cuits dans des moules en silicone. Là je suis déjà plus en confiance et peux prendre la parole pour conseiller mes acolytes sur ce produit dont je suis fan. J’entends ma voix , je ne la reconnais pas et je suis toujours au bord du fou rire. Pas sérieux. Pas convaincant pour les amies. Elles ne prendront pas le moule.

21h : le plat est prêt, les muffins sont chauds. Monique nous demande de passer à table et nos bons de commande. Oups. L’animatrice se rit de notre incompétence visible et remarquée soutenue par des regards entendus des « fan-de » puis nous alloue un délai supplémentaire  le temps de ranger ses boîtes pour remplir la feuille. Les habituées sont déjà attablées. L’une d’entre elle avoue d’un air rougissant, s’excusant presque, qu’elle ne sait plus que commander vu qu’elle a déjà tout. Elle assortit à présent ses boîtes à son mobilier de maison. Ainsi la nouvelle boîte verte de conservation vert pomme se mariera avec bonheur à son nouveau salon de jardin. De la même couleur. Nous passons le mur de l’entendement.

La femme plus âgée qui se trouve être la mère d’une des habituées nous fait patienter en nous racontant combien les tupperware sont solides puisqu’elle en a qui datent de 30 ans et plus. Nous acquiesçons religieusement y allant toute de notre couplet sur ce produit indémodable.

Monique apporte le premier plat. Un repas étrange où les convives ne se connaissent pas vraiment, où le repas a été préparé par une inconnue. Nous gouttons. Délicieux. Vraiment cette cocotte fait des merveilles. Nous nous empressons de la noter sur le bon de commande. L’une des convives demande aux habituées si elles utilisent tous les produits qu’elles commandent. Une autre s’approche des boîtes et autres récipients, tâte, retourne, triture, et finit par inscrire une ligne sur son bon de commande. Histoire de.

Je termine aussi de raturer dans tous les sens ma feuille, je tente le calcul mental, je pose finalement mon addition, je raye des produits, je recommence pour arriver à un montant acceptable psychologiquement. Pour moi et mon mari.

Mon amie hôtesse est toujours aussi nerveuse, nous croisons nos regards. Si on m’avait dit que je ferai un atelier tupp chez moi !

Je lui réponds du tac au tac : Qu’on soit bien claires : personne ne m’a vue ici ce soir ! Nous éclatons de rire sous le regard interloqué des habituées.

Je plaisante avec ma voisine débutante, lui parlant maintenant des nombreuses soirées que nous organiserons spécialement à l’intention  de cette merveilleuse cocotte. Des soirées tupp, tel est mon avenir à la maison.

21h30 : Ma voisine s’en va. La fin de cette soirée touche à sa fin. Migraine bien installée.

Non le clou de la soirée est encore à venir.

Une phrase qui se détache au milieu du brouhaha  :

Alors qui se lance pour la prochaine réunion ?

(les dogmes de ces réunions sont bien installés : l’animatrice comme l’hôtesse d’un soir se doivent de trouver une maison d’accueil pour un prochain atelier, assurant à la première de nouveaux profits et à la secondes des produits cadeaux proportionnels  au montant des achats de la soirée.)

Silence. Regards. Je pouffe encore. D’office les habituées se désistent ayant organisé visiblement les réunions précédentes qui les ont amenées ici. Je me rends compte que la soirée tupperware est leur hobby, comblant des soirées vides, leur permettant de visiter de nouvelles cuisines, manger sans préparer, passer le temps.

La dernière des débutantes présente prétexte une cuisine non terminée et des capacités culinaires désastreuses.

Reste moi. vous l’avez compris. L’ultime expérience de vie de femme au foyer, c’est organiser la prochaine réunion Tupp.

22h : la maison se vide. Je quitte à mon tour la maison.

Je ne fais que rire sur tout le trajet de retour. Je ris encore.

…Vous faites quoi le jeudi soir 20 mai prochain ?