vendredi 22 septembre 2006
Drame sur la blogosphère
Il existe des périodes sur le net défavorables aux blogs. De ces moments dont l’on dit : mais pourquoi moi ?
Avec l'autorisation de Double P
Les va-can-ces.
Un matin, Miss B. allume son ordinateur, entame sa routine bien rodée maintenant et se prépare à poster son message quand soudain la date clignote : Mardi 08 août 2006. Soit deux jours avant le départ.
La mer, les vagues et les crustacées, elle en rêve depuis des mois bien entendu. Mais son blog, son œuvre, sa cabane au fond du net ne se nourrit ni d'air iodé ni de plages au sable fin. Non, il nécessite une attention de tous les instants, des mots, des photos et des commentatrices quotidiens. C’est à ce prix qu’il a ces si belles joues rosées et ce teint frais. Cette silhouette ferme.
Miss B se tasse sur son siège, ses yeux s’embuent et ses lèvres se mettent à trembler. Très vite cependant, elle reprend le dessus et, le choc encaissé, passe à l’action.
Qu’à cela ne tienne, elle trouvera un moyen de garde comme pour Félix ! Il doit bien exister des pensions pour blogs[1]. Mais son blog n’est pas Félix. Et Félix ira chez ses BP ( qui n’est pas synonyme de Belle Pension).
Qu’importe, d’autres idées surgissent. Une amie, oui ! Confier son blog a une amie, chargée de mettre à jour, relever le courrier, un petit coup de balai sur le clavier, quelle bonne idée !
Non, mauvaise idée, et si cette amie s’entichait de son blog, et ne voulait pas lui rendre. Ne pas prendre de risque. Réfléchir à mieux.
le distributeur automatique de nourriture bien sur ! ! Pourquoi ne pas y avoir songé plus tôt !
Préparer les messages, les photos, agrémenter d’un jeu, et le tour est joué, le blog ne s’ennuira pas pendant son absence ! Miss B arbore un grand sourire. Sauf que. Sauf qu’à deux jours de partir, il lui reste, 10 lessives à faire, un nombre proportionnel de panières de repassages puis les valises à ranger, le ménage, les courses de dernière minute et Félix à caser.
Il faut se rendre à l’évidence. Miss B doit abandonner provisoirement son blog. La mort dans l’âme, elle rédige son message d’absence :
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Bonjour, vous êtes bien sur le blog de Miss B. Nous avons mérité de bonnes vacances [mon blog ne mérite pas ça !!!!!] et partons du 8 au 20 août. En notre absence, ne nous oubliez pas, et surtout ne contactez personne. Vous pouvez bien entendu laisser vos messages, mon blog sera très heureux. [mon œil il va dépérirrre ! ]
****
Puis elle relit une dernière fois ses commentaires préférés, éteint son ordinateur, caresse des yeux son clavier et met la souris hors de portée du chat.
N.B. : le mari a trouvé une bien étrange valise le soir postée en embuscade près de la porte d’entrée. De curieuses lignes de pêche, un port au doux nom de USB et des appâts type wifi en dépasssaient.
Juste au cas où…
P.S. : dernièrement, il se murmure que certaines blogueuses organiseraient à présent leurs séjours en fonction d’une nouvelle carte : les accès à des webcafés. Par ailleurs, les conseillers voyages suivraient des formation Internet poussées. Faut-il y voir un lien ?
- Allô ? Direction le Soleil ? Oui bonjour, je souhaiterais réserver un gîte pour août 2007.
- Oui madame, combien de personnes ?
- 4. Deux adultes et deux enfants.
- Le confort du gîte ?
- Y-a-t-il un accès Internet dans le camping ?
- Oui mais seulement à proximité des emplacements de tente.
- Parfait, de toute façon, les gîtes, c’est passé de mode.
- Un emplacement alors ?
- Oui et le débit ?
- ??:! Le débit ? le débit d’eau ? Ne vous inquiétez pas, les sanitaires ont été ré...
- Non la vitesse !
- Excusez-moi ?
- ADSL ou PAS ??????????!!!!!
- Ah, une seconde je me renseigne. […] Désolée, madame, le haut débit arrive en 2008 dans notre commune.
- Hum, d’accord. Annulez ma réservation. Non, mieux, prenez-la pour août 2008 ! Merci Au revoir !
- … ?!…
[1] Pension pour blog, à méditer, il y a une niche à creuser. (sic).
vendredi 8 septembre 2006
Les stratégies de la bloggueuse (pour rester dans la blogosphère)
Ou plus simplement : "je vous aurai prévenues "...
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La stratégie dite de la maîtresse :
Devoirs, questionnaires, défis, concours. Cette bloggueuse a l’âme enseignante ; Elle demande, questionne, interroge (non, ne vous cachez pas au fond de la classe, elle vous voit, oui vous qui n’avez pas répondu au questionnaire de la semaine dernière) et ramasse les copies sans relâche. Elle dissèque, distribue encouragements et louanges avec dextérité et adresse.
Et ça marche.
Allez, avouez qu’il est plus motivant de faire une mosaïque rose que de faire sa mosaïque rose de salle de bains (excepté pour Mariaba mais elle confirme la règle ;-) ), de même qu’il est infiniment plus satisfaisant de répondre à un questionnaire concocté par un esprit léger que de tenter de rester zen à un échange avec un téléacteur fatigué vers 20h :
- madame lisez-vous tous les jours. Oui non ?
- Oui, d’accord madame, diriez-vous que vous lisez plutôt une fois par semaine 2 fois ? - Plus souvent ?
- Plus souvent, parfait madame, diriez-vous que vous lisez au moins 3 fois ?
Allez, avouez, ne sentez-vous pas cette infime mais reconnaissable poussée d’adrénaline quant au détour de votre routine le mot « quiz / questionnaire / tests multi- réponses clignote en haut d’un post ? Quand une photo s’accompagne de 10 questions ? Ce même trac qui vous faisait rosir lorsque votre institutrice/teur vous appelait pour réciter au tableau, ce flageolement discret de vos jambes quand vous traversiez la classe (euh non pas moâ, j’atais devant :-p )
Bref, cette stratégie est diabolique. Une fois mise en place, la blogueuse est assurée d’un succès fulgurant. En contrepartie, la bloggueuse ne devra jamais manquer de matières (sic) sous peine de se voir harceler par ses élèves/lectrices jusqu’à obtention d’un nouveau devoir.
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La stratégie dite de la madeleine de Proust :
Ou Philippe Delerm selon si vous êtes du siècle dernier (comme moi) ou seulement du début de l’année ;-) . Cette stratégie consiste à faire ressurgir toute votre enfance une page? Orangette en est la flagrante preuve ; poupée de papier à découper et à revêtir de tenues de carton.
Cette stratégie est plus distillée et de type subliminal. Une image, une bannière suffisent parfois à une régression inconsciente et nous ramènent chaque jour sur ces blogs. Je ne citerai pas de noms, je ne veux pas allonger la liste des tombées pour l’enfance. Je reprends juste un bonbon haribo avant de poursuivre non sans avoir jeté un œil sur mon cahier de texte pour vérifier que l’encre rose pale de mon stylo plume est sèche et que je peux tourner la page. Tiens une 2CV verte. Au pays de Candy il y a toujours une petite Carrie Ingalls qui tombe en dévalant les pentes…
***
La stratégie dite du mécano :
C’est la bloggueuse des trucs et astuces en tous genres. Pour vous attirer, elle n’hésite pas à sortir une trousse à outils impressionnante : clés plates, de 12 ou à molettes, elle vous dispense de judicieux conseils pour vous perfectionner dans la création.
Stratégie redoutable dès lors qu’elle croise sa version évoluée (comme les Pokemon) j’ai nommé la bloggueuse technologique qui maîtrise vidéo et logiciels graphiques ou html comme personne.
A l’arrivée, des cours en lignes avec son et mouvement de premier ordre. Pour elles seules de nouveaux mots sont inventés : tutos et pazapas, deux amis à garder sous le coude ou la souris. Les films s’échangent sous le manteau, les liens vers lesdits chefs d’œuvre se traquent par tous les moyens. Une sorte de virus bienfaisant. Il se murmure qu’un festival des tutos créatifs serait bientôt créé mais le jury reste encore secret.
Je vous vois frissonner à la lecture de cette analyse marketing de la blogosphère. Vous n’osez plus cliquer de peur d’être happée par l’une ou l’autre de ces machines à dépendre.
Heureusement, voici quelques antidotes et conseils pour contrer certains effets de la dépendance.
Par exemple, en réponse à la première stratégie, si d’aventure, vous étiez à court de produit de nettoyage de SDB, surtout ne vous précipitez pas sur Internet pour taper le mot qui changera votre perception des carreaux à jamais. Allez simplement au magasin (bio du coin, et oui on ne se refait pas, c’est ma stratégie rien qu’à moi) pour racheter le liquide précieux.
Pour endiguer la stratégie mécano :
- Abandonnez immédiatement voiture et tout autre moyen de locomotion à moteur.
- Ne passez sous aucun prétexte devant un garage
- Faites un geste intergénérationnel et sauvez le patrimoine culturel en proposant à vos ainées (d’au moins 40 ans, entendons-nous bien, la première qui me contacte, je l’étripe :o) ) de vous transmettre leur savoir en matière de trucs et astuces créatifs (et elles en ont à raconter). Reliez le livre et posez-le bien en évidence à côté de votre clavier lorsque l’envie vous démange d’apprendre à crocheter un bonnet.
Contre la Madeleine de Proust, hélas, peu d’espoir, vous serez déjà dépendante avant même de le savoir.
En suivant ces bien (faibles conseils) , vous réussirez peut-être à réduire votre dépendance blogguesque. Votre liste de liens restera raisonnable. Bien sur, vous saurez changer un pied de Mac seule et évidemment vous aurez du temps pour votre mosaïque de salle de bains y compris les joints. Votre blog sera rangé, à jour, propre aéré…
Mais la blogosphère en ressortira-t-elle grandie ?
P.S : je ris d’avance aux pauvres étudiants en école de commerce et autres cadres business qui viendront à moi au hasard de leur recherche sur la stratégie du groupe micheyear face à la délocalisation sauvage des concurrents….
Ma stratégie à moi ? elle est est simple. J'écris, je copie-colle, je publie, oups les fautes, j'édite, mince le style ne va pas, je ré-édite. Résultat un nouveau texte toutes les 10 minutes de quoi rester au top de la liste des dernières actualisations sur canalblog... ;-)) Tiens c'est une idée ça, je publie en laissant invraissemblances et fautes, je vous laisse commenter, je republie...hum, stratégie déguisée de l'instit' ça non ??? en même temps je suis fille de Et belle-fille de...
vendredi 1 septembre 2006
La routine de la bloggueuse (parfois blagueuse mais toujours sérieuse)
Quand une internaute devient bloggueuse, elle ne sait pas ce qui l'attends. Insouciante et sautillante, elle paramètre, arrange et décore son nouveau chez elle virtuel.
Dans un élan de générosité, elle crée même plusieurs messages pour présenter ses créations, humeurs, enfants, chats, chevaux, moutons.
Et s'en va prendre un café, au boulot, faire sa journée, confiante et assez satisfaite d'elle.
Sa journée terminée (laps de temps qui va hum disons fluctuer entre fin de matinée et fin de nuit...dépendant de la ...dépendance ;-) ), curieuse tout de même la « débutante » se connecte à son blog. Et là stupeur ! Déjà 10 commentaires l'attendent, pour l'accueillir, la féliciter, lui demander conseil ou s'inspirer. Rougissante, elle entreprend de répondre à chacune promettant à son tour d'aller flâner sur les sites de ses nouvelles amies.
Le lendemain matin euh non soir ... Consciencieuse, elle se connecte aux dits blogs . Elle tombe amoureuse d'un pull, d'une idée, d'un mais hélas 3 fois hélas, faible, elle cède aux sirènes des listes de blogs à visiter absolument pour ne rien rater du PAI, Paf moderne version internet...
Elle n'aura pas oublié de laisser un commentaire à son tour sur les blogs. Et s'éloignant de sa blogosphère naissante, elle part à la rencontre de nouveaux horizons créatifs. Elle laisse parfois un mot mais l'heure tournant (plus vite sur Internet ou seulement chez moi ?? ;-) ) elle fait provision de futures destinations dans ses favoris.
Au troisième jour de la création de son blog, voici son agenda :
9h : connexion à son blog – rédaction d'un message – insertion d'une ou plusieurs images ;
9h15 : consultation des commentaires de la veille à publier ;
9h30 : réponse aux commentaires ;
10h : visite à sa liste de blogs favoris et rédaction d'un commentaire ;
11h : mince il n'y a pas de pain. Oups, le rôti n'est pas dans le four (version boulot : mince il manque des données. Oups, le chef m'appelle) ;
11h30 : tâches professionnelles ou ménagères accomplies (y compris aller-retour boulangerie) retour aux blogs ;
Midi : pause ;
14h : vérification nouveaux commentaires et re routine étapes 9h à 10h30;
15h30 : découverte nouveaux blogs, nouveaux commentaires, nouveaux favoris;
16h : goûter;
17h : temps libre jusque jour suivant 9h
Au quatrième jour, elle découvre les statistiques : un bonheur. Ces chiffres-là réconcilient avec les maths mieux que tout autre. Elle caresse des yeux la courbe harmonieuse des visites, retient les couleurs, apprends de nouveaux drapeaux, traverse les frontières, arrive en Amérique et d'un saut embrasse l'Australie, suit pas à pas les parcours et...découvre de nouveaux blogs...
Et c'est reparti...
Alors je laisse un dernier conseil, moi vieille bloggueuse de 2 mois à peine : Le blog c'est du boulot, faut pas croire. Moins de sommeil, des heures sup', mais une rémunération en amitié qui en vaut le sacrifice !
La semaine prochaine (et si vous souhaitez connaître la suite de ses aventures) : Les stratégies de la Blogueuse.
P.S : toute ressemblance avec moi-même ayant créé un blog n'est pas que fortuite. Cependant, aguerrie à la blogosphère depuis,(pensez, ça fait 2 mois ! ) j'ai acquis certains réflexes salvateurs (surtout pour le rôti) pour la gestion de ce blog ;-))
jeudi 13 juillet 2006
Petit précis de vocabulaire ....
Je vous l'ai déjà dit, j'écris, je couds, j'alterne quoi j'espère avec plus de bonheur que le pays dans lequel je vis.
Je tenais à mettre les points sur les i , les pendules à l'heure et les clichés à la poubelle.
Sachez qu'ici, certains mots ne veulent dire qu'une chose et une seule, et par ce miracle qu'est Internet ont perdu leur sens originel et pris un sens final unique et sans retour.
Ainsi ne soyez pas rebutées si jamais vous rencontrez certaines expressions qui vous semblent désagréablement familières. (et bien entendu je m'adresse au public féminin, cela ne saurait être hélas d'aucune utilité pour le masculin)
car ici :
repasser : s'applique à la couture, enfin aux coutures que l’on aplatit et ne saurait se destiner à des vêtements entiers ; mais la plupart du temps je repasse ne signifie qu’une chose : que je passe plusieurs fois sur mon blog par jour ! ;
(se) plier en deux ou en quatre : non, ce n’est pas l’étape conséquente du repassage ou (cf def précédente) ou la fonction d’une maman mais simplement le tissu afin de pouvoir couper un patron selon les indications ;
Créer une tâche : ne dégainez surtout pas le savon de fiel ou vos noix de lavages, j’ajoute simplement un projet ou un message à mon blog ! ;
Vieux tee-shirt : point d’insulte ni de dénigrement, tout rebut m’intéresse (mais ne m’envoyez pas les vôtres, mari, BM dont vous voudriez vous débarrasser…) et stimule ma créativité. ;
NSP : quand ce sigle apparaît, ne vous jetez pas sur votre clavier pour répondre à ce que vous croyez être un Ne Sais Pas S.O.S. Je parle d’une ou plusieurs amies et je sais pertinemment qui elles sont ;
Cependant, pour ne pas perdre tous mes lecteurs en route, j’ai bien voulu laisser le bon sens à certains mots comme :
Commentaire : si si ça veut dire ce que ça veut dire, vous pouvez en laisser, commentez donc, j’adore ça !
Allez je repasse…plus tard !
dimanche 2 juillet 2006
L’ultime expérience de ma vie de femme au foyer.
18h50 : je file. Vers l’inconnu. Une adresse, mon sac à main, une tenue sexy. Je cours, je vole vers mon rendez-vous. Mon mari m’a regardée d’un air goguenard, m’a détaillée de la tête aux pieds. M’en fiche.
18h58 : j’arrive au rendez-vous. Mes mains tremblent, je suis essoufflée.
Un coup sec sur la porte. A l’intérieur des rires. Mon amie me sourit d’un air entendu. Tu es parmi les premières. Tant mieux, je déteste arriver en dernier et saluer tout le monde.
Le salon est accueillant. Une amie est déjà assise sur le canapé, enceinte jusqu’aux yeux. Une femme inconnue se tient debout devant la table de salon. Une poignée de main. Je m’assois. Que fais-je ici.
Nouveau coup de sonnette : Je jette un œil. 2 femmes de mon âge et une autre plus âgées pénètrent dans le hall d’entrée. A l’aise, contrairement à moi. Mon amie les fait passer dans le salon. Présentations rapides, ce n’est pas important ce soir.
Nous voilà au complet, 3 sur chaque canapé. Les habituées d’un côté et nous de l’autre. Je papote grossesse et prise de poids, accepte un verre de jus de tomates et des toasts. J’ai faim. Mais le repas est encore loin.
La femme inconnue est toujours debout et réclame notre attention. Immédiatement les habituées se taisent tandis qu’avec ma voisine nous continuons de converser ce qui nous vaut un regard noir du reste de l’auditoire.
Sur l’îlot central, des dizaines de boîtes en plastiques, des ustensiles de cuisine, des moules en silicone. Là je réalise. Pour la première fois de ma vie, j’assiste à une réunion tupperware ! Je réprime un fou rire, mon amie-hôtesse-d’un-soir aussi. C’est nerveux.
L’animatrice Tupp entame son argumentaire. Et nous voilà à nous esbaudir devant des fouets plats, des becs verseurs ultra pratique, des couleurs vert pomme et orange de la dernière mode. Je suis dans la quatrième dimension.
Les trois habituées se sont levées et ont pris place autour de la table, nous restons prudemment sur le bord du canapé. Non seulement ces femmes sont habituées, mais elles sont fans. Ne ratant aucune des réunions animées par Monique. Qui s’empresse de nous distribuer des bons de commandes.
La sonnette une fois de plus. Une femme entre en coup de vent, s’assoit avec ses 2 enfants, remplit le bon de commande et 10 minutes plus tard repart aussi vite. Je suis victime d’une hallucination.
La réunion est bien rodée : trois temps forts. Présentation, démonstration avec réalisation de 2 recettes (décidées avec l’hôtesse une semaine avant) et dégustation. Avec tout ça, je ne vais pas manger avant 22h. Je reprends un toast. Un début de migraine.
L’animatrice entreprend la réalisation d’un plat de poissons dans une cocotte pas en fonte mais de la même couleur, qui passe au micro ondes et au four et évite de salir les dits appareils. D95 sur le bon de commande. Nous, pauvres débutantes oublions de noter la recette et le code. Les habituées griffonnent allègrement sur leur papier.
Hop au four et pendant ce temps, nouvelle recette de muffins qui seront cuits dans des moules en silicone. Là je suis déjà plus en confiance et peux prendre la parole pour conseiller mes acolytes sur ce produit dont je suis fan. J’entends ma voix , je ne la reconnais pas et je suis toujours au bord du fou rire. Pas sérieux. Pas convaincant pour les amies. Elles ne prendront pas le moule.
21h : le plat est prêt, les muffins sont chauds. Monique nous demande de passer à table et nos bons de commande. Oups. L’animatrice se rit de notre incompétence visible et remarquée soutenue par des regards entendus des « fan-de » puis nous alloue un délai supplémentaire le temps de ranger ses boîtes pour remplir la feuille. Les habituées sont déjà attablées. L’une d’entre elle avoue d’un air rougissant, s’excusant presque, qu’elle ne sait plus que commander vu qu’elle a déjà tout. Elle assortit à présent ses boîtes à son mobilier de maison. Ainsi la nouvelle boîte verte de conservation vert pomme se mariera avec bonheur à son nouveau salon de jardin. De la même couleur. Nous passons le mur de l’entendement.
La femme plus âgée qui se trouve être la mère d’une des habituées nous fait patienter en nous racontant combien les tupperware sont solides puisqu’elle en a qui datent de 30 ans et plus. Nous acquiesçons religieusement y allant toute de notre couplet sur ce produit indémodable.
Monique apporte le premier plat. Un repas étrange où les convives ne se connaissent pas vraiment, où le repas a été préparé par une inconnue. Nous gouttons. Délicieux. Vraiment cette cocotte fait des merveilles. Nous nous empressons de la noter sur le bon de commande. L’une des convives demande aux habituées si elles utilisent tous les produits qu’elles commandent. Une autre s’approche des boîtes et autres récipients, tâte, retourne, triture, et finit par inscrire une ligne sur son bon de commande. Histoire de.
Je termine aussi de raturer dans tous les sens ma feuille, je tente le calcul mental, je pose finalement mon addition, je raye des produits, je recommence pour arriver à un montant acceptable psychologiquement. Pour moi et mon mari.
Mon amie hôtesse est toujours aussi nerveuse, nous croisons nos regards. Si on m’avait dit que je ferai un atelier tupp chez moi !
Je lui réponds du tac au tac : Qu’on soit bien claires : personne ne m’a vue ici ce soir ! Nous éclatons de rire sous le regard interloqué des habituées.
Je plaisante avec ma voisine débutante, lui parlant maintenant des nombreuses soirées que nous organiserons spécialement à l’intention de cette merveilleuse cocotte. Des soirées tupp, tel est mon avenir à la maison.
21h30 : Ma voisine s’en va. La fin de cette soirée touche à sa fin. Migraine bien installée.
Non le clou de la soirée est encore à venir.
Une phrase qui se détache au milieu du brouhaha :
Alors qui se lance pour la prochaine réunion ?
(les dogmes de ces réunions sont bien installés : l’animatrice comme l’hôtesse d’un soir se doivent de trouver une maison d’accueil pour un prochain atelier, assurant à la première de nouveaux profits et à la secondes des produits cadeaux proportionnels au montant des achats de la soirée.)
Silence. Regards. Je pouffe encore. D’office les habituées se désistent ayant organisé visiblement les réunions précédentes qui les ont amenées ici. Je me rends compte que la soirée tupperware est leur hobby, comblant des soirées vides, leur permettant de visiter de nouvelles cuisines, manger sans préparer, passer le temps.
La dernière des débutantes présente prétexte une cuisine non terminée et des capacités culinaires désastreuses.
Reste moi. vous l’avez compris. L’ultime expérience de vie de femme au foyer, c’est organiser la prochaine réunion Tupp.
22h : la maison se vide. Je quitte à mon tour la maison.
Je ne fais que rire sur tout le trajet de retour. Je ris encore.
…Vous faites quoi le jeudi soir 20 mai prochain ?
Un C.P. sur un C.V.
Comment intégrer un CP sur un CV ?
2003-2006 CP (pour Congé Parental)
Comment 3 ans peuvent-ils se résumer en 2 lettres ? J’écris 6 pages de ma vie au foyer à élever mes enfants, les magazines regorgent d’articles vantant les qualités et avantages de s’occuper de ses enfants et un éventuel employeur n’a droit qu’à 2 lettres pour toute explication !
Ne parlons même pas des pensées associées :
- c’est ce qu’on appelle le trou / oui c’est sur avec un trou comme ça
- comment je case cette période d’inactivité ?
- et si je le mettais pas ?
D’un point de vue purement langagier, il serait bon un jour de penser à dépoussiérer l’expression et en trouver une plus adéquate.
Je rappelle pour mémoire que partir en congé signifie généralement pour tout salarié un dépaysement, un oubli temporaire des missions et tâches même gratifiantes, d’un room service ou à défaut d’une demie-pension, de plages blondes ou de monts enneigés.
En aucun cas partir en congé ne saurait être autre chose…
Quant aux synonymes, je n’arrive toujours pas à trouver le cheminement qui mène de congé parental à mère au foyer ...
Mais trêve de sémantique, voici donc des pistes pour intégrer le CP sur le CV …
Façon mémoire de fin d’études
2003-2006 étude du milieu enfantin en vase clos
Dans le cadre de mes études de psychologie appliquée au redoublement intensif, j’ai étudié pendant 3 années l’impact de la présence maternelle sur 2 enfants de 3 ans et 18 mis à 5 ans et 4 ans et vice versa avec pour conclusions principales :
- redéfinition de la notion temporelle de 8h à 24h jour.
- Résistance au stress maximum et adaptation aux nouvelles situations dépassant de 50% les capacités de salariés 35h
- Niveau d’audition accru au 1er enfant, en baisse au 2nd
- Gestion des conflits inter générations améliorée grâce à la méthode du docteur Gordon.
Façon stage commando
2003 – 2006 chargée de mission prioritaire pour l’enfance, at home, France
J’ai participé durant 3 années à l’éducation de mes deux enfants :
- Lieu : Dans une maison et son rayon de 50 m.
- prise en charge totale et autonome de 2 enfants de 3 et 18 mois dans un univers inconnu (cuisine / chambre / sdb / WC)
- différenciation jour/nuit (entre 3 et 10 réveils par nuit pendant 3 ans )
- apprentissage de la propreté (100% de réussite)
- adaptation lieux de socialisation (1 semaine pour l’un 2 semaines et demie pour le second)
- Négociation de crises selon la méthode Gordon dite ni perdant ni gagnant
Façon expérience professionnelle à temps plein
2003-2006 Gestionnaire familial à plein temps
j’ai participé à la croissance d’une TPE ( 2 salariés) dédiée au bien être familial réussissant l’intégration et l’évolution de 2 nouveaux éléments en mettant notamment en place :
- L’organisation complète de l’agenda de l’entreprise (prise de rendez-vous, réunions, réservation de baby Sitter…)
- Formation aux méthodes internes : levers-couchers, réflexes hygiéniques, relations entre personnes
- Relations externes : liaisons écoles, commerces, temps de loisirs
Malgré un budget revu à la baisse durant ces 3 ans, mes résultats sont les suivants :
- apprentissage fondamentaux / vitaux = 100%
- Résolution de problèmes de type biologique (jour/nuit)
- Budgets respectés
- Mise en place d’un contrats bi-annuel depuis 2000 avec ouverture à 30 autres éléments sur WE prolongés
- Croissance = + 100% chaque année.
Façon intérim
2003 – 2006 Intérimaire aide éducatrice
J’ai participé au sein d’une famille aux missions suivantes, missions de 1 journée à plusieurs mois :
- aide à la socialisation
- apprentissage propreté
- éveil artistique
- tenue maison
Personnellement, j’ai opté pour l’expérience professionnelle et l’ai intégré le plus sérieusement du monde à mon CV. Je vous ferai part des retours éventuels qui me seront communiqué.
Trilogie routière
In memoriam de la vignette auto
Qui s’en souvient ? Seulement les plus de 25 ans. Ce petit carré de papier autocollant, ce sésame de voiture pour lequel on arpentait les rue, dans l’espoir de trouver un tabac ouvert. Fumeurs ou non fumeurs, là n’était pas la question, c’était ce bureau ou celui de la trésorerie ouvert deux heures par semaine.
La saison des vignettes commençait pratiquement en même temps que celle du beaujolais. S’il l’on se demandait quel goût le vin aurait cette année-là, une question allait de pair : de quelle couleur la nouvelle vignette serait-elle. Et enfin, un soir de début novembre, le présentateur triomphant ouvrait le journal avec une joie non dissimulée : bleue, elle serait bleue [1].
Après le temps de l’achat venait le temps de coller celle-ci sur le pare-brise. 2 écoles s’affrontaient :
Les « comme mon père » :
Grands amoureux de la voiture ils avaient pris soin de décoller délicatement à l’éther la vignette obsolète. Mais il avaient étudié aussi les angles morts existants sur un pare-brise occasionnée par une vignette hâtivement collée. Le délicat choix revenait exclusivement aux propriétaires de ladite voiture et l’opération pouvait prendre plusieurs minutes !
C’est ainsi que suivant ces préceptes et après de longues années d’expérience in vivo, la meilleure place d’une vignette auto se trouvait derrière le rétroviseur. N’en déplaisent aux gendarmes.
Il y avait aussi les « collectionneurs » :
Grands amoureux…des autocollants, ces derniers avaient optimisé la surface de leur pare-brise en collant les vignettes bord à bord.
Les plus anciennes voitures offraient en l’an 2000 un encadrement multicolore. Non seulement les pare brises étaient réduits à peau de chagrin, mais souvent le phénomène était présent sur la vitre arrière qui était quand à lui réservé aux autocollants touristiques. On pouvait alors retracer 15 ans de séjours estivaux en faisant des associations : « J’aime la Rochelle – 99 » « corsica 82 » etc.
Enfin, c’était un geste de solidarité avant-gardiste envers les personnes âgées, seulement renouvelé depuis par l’achat de brumisateurs dernièrement [2].
[1] En quelle année ?
[2] Canicule 2003
Eloge de la plaque d’immatriculation
2006 : c’est la fin. La carte de France se désagrège, les départements disparaissent, les contours régionaux se floutent. Non ne cherchez pas vos lunettes. Ce n’est pas vous. C’est elle. Qui s’en va…La plaque d’immatriculation, ces lettres, ces chiffres et ce numéro de département qui fait de notre titine un véhicule unique. 2006, reléguée aux oubliettes et remplacée par une plaque ad vitam eternam, que nous trimballerons d’auto en auto, qui ne voudra plus rien dire, un numéro parmi d’autres.
Pourtant, cette plaque donnait tant de sensations et ce, dès son attribution. Rappelez-vous lorsque vous attendiez à la sous-préfecture que l’on vous donne le papier magique et que vous priiez pour que certaines combinaisons de lettres n’apparaissent pas. Mais dont vous riiez lorsque vous doubliez d’autres moins heureux affublés d’un intime WC ou encore d’un approprié OQP.
Et ces départements égrenés sur la route, toutes ces évocation géographiques comprises dans les deux derniers chiffres : 41 : ah le Loir et cher, les châteaux de la renaissance. 74 : ah la montagne, Evian, le lac Leman. 32 ! Ah le 32… Le 32 ? le 32 vous dîtes ? Le 33, c’est la Gironde, donc c’est un département en G. Le Gard ? Non, c’est le 31. Le Gers ? Gagné ! Un véritable outil de révision géographique, qui faisait appel à la mémoire et à la perspicacité (et qui pouvait occuper nos enfants pendants quelques minutes comme naguère nous nous amusions à compter les Deudeuches vertes).
Comment saurons-nous désormais, dans quel coin de France nous sommes entrés ? Nous étions jusqu’alors épargnés dans notre méconnaissance géographique grâce aux plaques : devant un nombre important de 81, nous finissions (par tâtonnement successifs mais silencieux) par nous exclamer triomphants : ah le Tarn ! Ce département qui a vu naître Jaurès ! Et nos co occupants se retournaient admiratifs.
Et quel outil sociologique ! Que de connaissances en matière de comportement, de vie sociale nous pouvions engranger à la lecture seule de ces plaques. Imaginez le sentiment de peur qui s’emparait de toute voiture immatriculée 75 lorsqu’elle entrait dans le 13. Oui, non mauvais exemple, un 75 dépassant le périph, impossible. Vous voyez ? Ces immatriculations ont une âme. Les lettres précédents le département qui nous renseignait sur la population de ces départements. Certains affichaient un petit CF et d’autres un triomphant : CET écrasant le précédent d’une courbe démographique hymalayesque.
Quelle richesse de vocabulaire nous perdrons aussi ! Plus de : encore un 75 qui roule au milieu ! s’croit sur l’ périph ! Rentre à Paris et roule en bus ! Ou bien : rentre dans ta brousse péquenaud lancé à toute 4L rescapée du contrôle technique rencontrée dans les départements compris entre le 02 et 73. Ou encore : qui leur apprend à conduire ici ? Le summum étant de rencontrer une 4L immatriculée 75 avec un autocollant A collé sur la vitre arrière … Jubilation extrême de tout conducteur. Des heures de discussion garanties.
Il faut se résigner, les nouvelles plaques ne seront que des combinaisons éteintes et sans histoire, rendant la route morne et longue.
Poésie éphémère
(A venir)
30tenaire
Est-on vielle à 30 ans
Prologue
C’est une amie anglaise peintre qui m’a dit cette très jolie phrase :
- C’est à cela que l’on voit que l’on vieillit. C’est quand on propose à ses amis d’aller voir son potager. Après, on regarde ses petits enfants grandir au rythme de nos plantations.
Amusée, j’ai acquiescée visualisant mentalement ma propre mère qui en effet s’était découverte une passion potagère et une main verte depuis sa retraite.
Cette petite phrase m’a cependant remuée plus profondément que je le croyais. Depuis peu, de petits incidents en petites remarques, de subtils changements en légères évolutions, je me prends à me demander : suis-je vieille dans le sens définitif et sans retour que lui attribuent les « jeunes », catégorie de personne à laquelle je pense encore faire partie.
Les trentenaires, de jeunes vieux ou de vieux jeunes ? Je suis jeune, bien entendu, je travaille dans un milieu à la pointe des nouvelles technologies dont raffolent les ados, je me sers raisonnablement d’un portable (avec parcimonie dues à mes croyances personnelles et au principe de précaution que je cache admirablement derrière prétextes de batterie déchargée ou d’oubli si légitimes de la part d’une cadre surbookée).
Comment pourrais-je donc être distancée dans le temps. Bien sûr, mes enfants verront des appareils toujours plus puissants, plus miniaturisés, optimisés, mais je suis quand même née avec l’ordinateur, la voiture, l’eau et le gaz étaient des inventions déjà dépassés, le franc était à son apogée.
« Tu quoque mi fili »
Mon cœur se glace d’effroi. Le FRANC, ce premier traître à ma jeunesse. L’EURO, ma première ride. L’an 2000 et son bug de la taille d’un vers de sable. Janvier 2002, entrée en vigueur de l’Euro. Ce changement majeur, ce premier grand pas vers une Europe unie adopté si facilement. Oui, pour l’instant tous égaux. Jeunes et moins jeunes, nous voilà tous à revoir nos tables de multiplications et de division en allant faire nos courses.
Mais sournoisement, une génération silencieuse se prépare à nous planter le couteau dans le dos. Combien de temps nous reste-t-il à nous les trentenaires ? Environ 70 cm. 1m07 + 70 cm = la taille de mon fils vers quinze ou seize ans. Quelques centimètres par an qui nous séparent de ce dialogue inévitable entre moi et mon fils au détour d’un innocent rayon de supermarché :
- Waouh regarde ce jean maman ! 25 euros seulement, c’est pas cher, tu m’le payes ?
- Euh
- Allez
- (je compte, oui je traduis encore 13 ans après …) 170 francs, c’est quand même pas donné.
- Hein, 170 quoi ? C’est quoi des francs ?
Trop tard, j’avais pensé tout haut et LA question est tombée.
Au moment où j’écris ces lignes, la menace est plus voilée. La marraine de mon fils, 13 ans qui me dit : tu te rends compte, des baskets à 89 euros ! Et moi d’acquiescer sereinement, elle ne cherche pas à me piéger, elle intègre l’Euro et pense naïvement que tout le monde est à l’unisson. Elle est à cheval entre les mondes, elle est née au temps du franc. De toute façon, pour elle , c’est clair, je suis déjà une vieille.
« Tu quoque mi fili. » La trahison viendra de ma propre descendance. Ce sont eux qui d’une pichenette, de quelques mots me pousseront gentiment de l’autre côté de la barrière et la refermeront sans arrière pensée. Aux oubliettes le franc, dans le vide ordure ce cher 6,55957, seul Pi que j’avais réussi à maîtriser.
SMS , sans merci
Alors d’accord, oui ok pour l’Euro, ok pour l’an 2000 qui fait de notre biographie un « née au siècle dernier ».
Mais pour le reste, quid d’autre sournoiserie qui me cataloguerait irrémédiablement du côté de la vieillesse ? Ils parlent encore fançais à ce que je sache, ces jeunes adultes oreilles vissées à leur mobile !
Téléphone. Portable. Texto. Sms.
De nouveau l’effroi. Non seulement j’ai une ride, mais je viens de prendre un coquard à l’autre œil.
Non contente d’avoir de jeunes enfants (ah si l’on pouvait les avoir vieux, mais c’est une autre histoire), et d’avoir choisi pour marraine de mon aîné cette jeune personne, je persistais dans mon erreur et plaçait à ma droite une autre jeune fille pour parrainer ma cadette. une jeune fille à peine plus âgée.
Au demeurant charmante, dévouée à l’euro et amoureuse des chats. Mais une redoutable « pousse mémée dans les orties » à l’usage. Très fière de mes capacités d’adaptation aux moyens de communication les plus évolués, je n’hésitai pas à donner à cette jeune fille mon adresse de messagerie instantanée[1].
Mais depuis, je suis projetée dans les conversations les plus croche pieds possibles.
Cela donne :
Marraine : bjr / kookoo / helo
Moi : bonjour comment vas-tu ?
Marraine : g v bien. E vou ?
Moi : tout va bien. Les enfants font la sieste.
Marraine a dakor. O fèt, pour le billé, il fo rple maman o + vit.
Moi : (l’instantanéité se perd) : euh ok, dès que j’ai fini mon travail en cours.
Marraine : Kel tmps feét il ché vou ? Ici, il fé cho, mé lorage è tombé d 1 seul cou ?
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Moi : pareil chez nous, pleins d’orages à cause de ce temps trop chaud. Au fait est-ce que vous êtes allés chercher vos chèvres naines ?
Marraine : ui, et aprè il i ora lé pouls
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Moi : une vraie ferme pédagogique chez vous maintenant.
Marraine : ui, c kool , lol.
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Moi : bon, les enfants sont réveillés, je te laisse.
Marraine : dakor, @ gaétan e pauline
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Moi : bises aussi.
L’écran se referme. Je regarde mon clavier et imagine celui de la marraine. A coup sur, une version plus minimaliste : ils ont du inventer un nouveau modèle, le 1 touch é pi c tout. Encore un coup de la mondialisation qui a réduit les coûts de production. Réduisant les claviers informatiques à la taille d’un clavier de téléphone mobile.
Cet outil ordinaire s’était transformé en une machine diabolique qui dispensait des forfaits ortho sans grammaire, me laissant aussi épuisée qu’un enfant de 6 ans qui épèle pour la première fois BABA. Non, j’avais pris 40 ans et j’avais oublié de chausser mes lunettes.
[1] MSN pour les plus jeunes des lecteurs.
La fascination des objets abandonnés sur le trottoir
- Chéri, stoooop ! Arrêtes-toi là ! LA !
- Hein quoi, pourquoi ?
- Là, devant la maison, tu ne vois pas l’étagère ?
- le truc sans pied et tout pourri ?
- Euh, non, l’étagère en bois qui fera impec après rénovation dans notre salon.
- Hein ? ah non, pas de ça chez nous !
- Allez arrête-toi, s’il te plait.
Quelques soupirs et crissements de pneus plus tard, l’étagère tant convoitée a été casée difficilement à l’arrière de la voiture déjà encombrée de 2 enfants.
Soyons lucide : ma maison n’est plus une annexe d’Ikéa. J’ai donc plus de 30 ans. Justement, avantage concédé au plus de 30 ans, je bénéficie d’une superficie supérieure à 30m². Je n’ai plus donc à agencer l’inagençeable. Et puis, les meubles en carton plat à monter soi-même ne me font plus rêver, les notices bilingue franco-tchèques non plus.
Pourtant, je ne me pâme pas encore devant une réplique de bergère Louis XV, devant une bibliothèque en chêne mordoré cirée et encaustiquée.
Non, alors quels meubles pour nous les trentenaires ? Ce qui nous définit le mieux est à chercher du côté des brocantes au mieux ou des trottoirs dans mon cas.
Car vous me trouverez facilement si vous êtes au faîte des dates de passage des « encombrants », « monstres » ou « hétéroclites » de votre ville. Vous me verrez escalader un tas de ferrailles et de tables amputées et en retirer triomphante une chaise estropiée ou un chevet enfoncé, un escabeau sans barreau ou simplement un morceau indéfinissable de bois.
Des objets entre deux âges, tiens comme moi. Un objet à qui il faut donner une nouvelle vie sous peine de le voir broyé dans les bennes à ordures. Tiens comme nous.
Vous voyez ? Quel parallèle fascinant avec notre condition de trentenaire. Ces meubles qui ne sont ni jeunes ni tout à fait épuisés, ces tables qui peuvent resservir à qui l’on donne un coup de jeune. Ces patines que l’on décire pour faire renaître la pureté originelle. Ces pansements que l’on fabrique à ces chaises, ces vases que l’on recolle.
30 ans : dernier arrêt avant les magasins de répliques et de vieux jeunes meubles choisis pour durer toute une (fin de) vie.
Ma vie de femme au foyer, à peine romancée
1er janvier 2004, 6h30
C’est décidé, je démissionne. Je vais rester à la maison pour m’occuper de mes enfants. Femme au foyer. Au moins 1 an, le temps de digérer le concept famille. J’ai décidé de tenir au jour le jour cette expérience.
1er objectif atteint : l’annoncer à mon patron.
- Bonjour Brigitte
- Bonjour, je voulais vous rencontrer afin de discuter de mon départ.
- …
- oui après 18 mois, je ne fais plus face.
- …
- Des vacances ? Non, je veux partir. Je sais que certaines opportunités de licenciement se profilent, j’aimerais en profiter .
- …
- Non, je ne pense pas mettre un point à ma carrière, juste une parenthèse.
- …
- J’ apprendrai comme j’ai appris ici. J’ai les qualités pour je pense.
- …
- Bien entendu, il faut préparer correctement mon départ, transmettre mes dossiers, former , trier, classer. Je pense que un mois suffira pour ces taches.
- …
- Merci de votre soutien, j’apprécie que vous gardiez un espace pour un retour, évidemment je vous tiendrai au courant.
-
1er Mars 2004
Rangement : 0 pièce sur 5
Lavage : importance haute
Repassage : 3 panières
Enfants : à l’état sauvage
Livre : guerre et paix 512 pages, page 1
Vie sociale : néant
Sexe : abstinence
Ça fait un mois que je suis à la maison. Qui n’en a plus que le nom…de maison ! Car à dire vrai, c’est plutôt un champ de bataille. Pas une pièce n’a résisté aux deux tornades hautes comme trois pommes. Qui à l’heure où je vous parle dorment enfin après les 3 histoires, le bisou, le calin, le verre d’eau, la pause-pipi, la chasse aux monstres sous le lit, re-bisou, re-calin.
Hier soir, descendue dans ce qui il y a encore un mois ressemblait au salon moderne tendance contemporaine que vous pouvez voir encore intact page 10 du catalogue Ikéa 2004.
Me suis traînée jusqu’au canapé et ai éclaté en sanglots :
Mon mari : kesk’y a ?
Moi : rien, tout va bien
Mon mari : ça va pas ?
Moi : mais si voyons, keski te fait dire ça ?
Mon mari : bah ça fait un mois que tu pleures tous les soirs.
Moi : ah bon ?
Mon mari : t’es sûre que tu veux pas retravailler ?
Moi : pourquoi ? T’es pas heureux de rentrer dans ta maison le soir pour retrouver ta petite famille ?
Mon mari : t’es un peu sur les nerfs, c’est normal les enfants c’est épuisant, fais-toi aider, mets-les chez une nourrice quelques heures…
Moi : paske elle elle saura mieux faire c’est ça ? Ma voix a atteint la pureté du cristal que seule Amandine du haut de ses 23 mois peut concurrencer.
Mon mari : je vais m’coucher.
Moi : moi aussi…après le rangement, le repassage, le lavage, et la préparation du p’tit dej de demain…mais mari déjà endormi.
1er avril 2004
on progresse
Rangement : 3 pièces sur 5
Lavage : à jour
Repassage : panière raisonnablement pleine.
Enfants : en phase de domestication
Livres : pomme d’api, popi et mes premières histoires
Vie sociale : 2 sorties de jour
Sexe : achat nuisette par VPC
Ce matin, tentative de sortie au parc.
8H30
Les enfants, j’ai une surprise ! On va au…parc de jeuxxxxxx ! applaudissements nourris. 1er round réussi.
Amandine : pa’c de zeux ! pa’c de zeux
Pierre : beurk, encore ! pffffffffffffffffffffffffff
Je mets le maximum de fleurs dans la voix :
Mais pour aller au parce de jeux, il faut …..
Pierre : prendre le ballon ! La voiture ! le camion ! le vélo
Oui mais il faut s’habiller ! Allez zou les chaussures !
Pierre, mets celles à scratch.
Nan je veux les lacets
Amandine, viens t’asseoir mettre les chaussures
Nan pas les saussures !
Mais si regarde comme elles sont jolies ces chaussures.
Nan, pas zolies.
Renvoi dans le coin du ring
8h45 Je change de tactique
Qui va être le premier habillé prêt pour le parc de jeux ?
Moi moi !
Ma ma nan Ma
Bataille en règle pour prendre la place sur le coffre à chaussures
9h
Pierre a mis une chaussure à scratch. Amandine a été isolée pour cause de perçage de tympan proche.
Je t’aide ?
Nan, je fais tout seul.
Amandine, tu es calmée, tu viens t’habiller ?
Nan et vlan la porte dans la figure (23 mois au compteur)
Le KO approche
9h15
Amandine est revenue sur le ring, son frère a enfilé la seconde chaussure…à lacets.
Les enfants, maman n’est pas contente du tout et si cela continue, on ne va pas au parc de jeux !
Siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Ouinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn
Bon alors on met ses chaussures.
Retournement de situation : Pierre enfile ses baskets, amandine se laisse habiller.
9h30 j’ouvre la porte.
Je regarde la pendule. J’ai amélioré mon score de 30 minutes. Demain, j’attaque le supermarché.
1er mai 2004
Rechute
Rangement : 2 pièces sur 5
Lavage : J+4
Repassage : 2 panières.
Enfants : en phase de domestication
Livres : abonnement magazine « parents imparfaits, C pas pour vous »
Vie sociale : néant
Sexe : renvoi nuisette / commande taille XL
Aujourd’hui, c’est la fête du travail. Mon boulot me paraît si loin et si proche.
Coup de fil hebdo avec ma mère.
Mother : allô ma chérie ?
Moi : allô maman
Mother : comment vont les petits ? pas malades ?
Moi : non, un peu le nez qui coule mais rien de grave
Mother : et le travail de Yves ? ça va ?
Moi : oui, du stress, etc.
Mother : bon et toi alors, t’en es où de tes recherches d’emploi ?
Moi : maman, je t’ai déjà dit que je cherchais plus en ce moment.
Mother : je sais mais quand même ce n’est pas très raisonnable
(là je n’écoute plus, je gribouille des ronds de plus en plus petits sur un post-it)…Regarde, Martine s’est retrouvée le bec dans l’eau avec le divorce…franchement, ça va finir par te ramollir le cerveau non ? …. Avec ton père on t’as payé des études, ce n’est pas pour rester à la maison !…
blablabla…
Moi : les petits se réveillent, je te laisse
Mother : embrasse-les pour moi, bises à la semaine prochaine !
Je raye sur ma liste : tel mother. 6 jours pour trouver des répliques cinglantes. Avant le prochain assaut.
1er Juin 2004
Petit à petit…
Rangement : 4 pièces sur 5
Lavage : à jour
Repassage : panière vide
Enfants : domestiqués
Livres : comment ne pas être une femme au foyer parfaite, version audio
Vie sociale : un dîner (weight watchers)
Sexe : réception caraco + string rouges en remplacement nuisette
Hier c’était MA journée. Pierre à l’école full day et Amandine à la halte garderie. Je saute dans une jupe et hop je file chez ma copine.
Chez une copine.
Les copines. Vaste sujet.
Depuis que je suis à la maison, j’ai fait le tri dans mes amies. Enfin, ça a été un tri réciproque. Mes ex-collègues de buro m’appellent sporadiquement : elles s’enquièrent de ma santé (mentale), parfois de mes enfants. Et puis je m’en suis faite d’autres. Devant l’inénarrable portail d’école, j’ai lié connaissance avec 2 ou 3 mamans. C’est chez l’une d’entre elles que je vais : études brillantes puis rencontre homme parfait, 3 enfants adorables et une joie de vivre à toute épreuve. Et n’ayant jamais travaillé…
Un anti modèle de femme au foyer version réac, mais un modèle de sagesse et d’exemple pour moi. Elle est top zen et dès que je sens que la marmite va exploser, je vais prendre le café. C’est toujours mieux que m’affaler devant les feux de l’amour.
- alors ça va, tu t’y fais ?
- ça dépend des jours, mais dans l’ensemble, je progresse.
- Tu vas voir, à la rentrée et dès que les 2 seront à l’école, tu vas respirer.
- Mouais, mais dans ce cas pourquoi rester à la maison ?
1er juillet 2004
coup de blues
Rangement : mot rayé du dico
Lavage : plus d’accès à la machine
Repassage : panière vide de fait
Enfants : à l’abandon
Livres : journal d’Anne Franck
Vie sociale : abîme
Sexe : sans goût
Dialogue de sourd avec mon mari.
1er août 2004
la trève des vacances
Rangement : le gîte est propre à l’arrivée
Lavage : fin de séjour
Repassage : inconnu
Enfants : liberté surveillée
Livres : le kamasutra
Vie sociale : soirées familiales exclusivement
Sexe : un ton en dessous
Une journée à la mer. Etre en vacances, ne serait-ce pas seulement changer d’évier ?
1er septembre 2004
retour à la réalité
Rangement : tout à refaire
Lavage : délais dépassés
Repassage : important
Enfants : veille de rentrée
Livres : la rentrée sans stresser
Vie sociale : sorties décole
Sexe : en veilleuse
Ayé, c la rentrée ! Youpi, les 2 à l’école, à moi la VRAIE vie de femme au foyer sans enfants ! On m’a tant promis cet eldorado de paix et de douceur !
Hier achat dernières fournitures de rentrée.
Rencontre avec ancienne collègue de buro.
1er décembre 2004
Fin des assédics. Fin du rêve
Rangement :
Lavage :
Repassage
Enfants :
Livres :
Vie sociale :
Sexe :
1er janvier 2005
On va y arriver
Rangement : 4 pièces dur 6 (achat maison plus grande)
Lavage : à jour
Repassage : délocalisé
Enfants : + 1 ( une fille, Mélanie)
Livres : 2 livres empruntés chaque quinzaine
Vie sociale : Epiphanie, saint valentin, fête des mères, fêtes des pères, 15 août, halloween, noël en famille, nouvel an entre copains
Sexe : achat armoire sous-vêtements
Un an. L’heure du bilan. L’heure des comptes.
J’ai gagné
- quelques grammes
- quelques rides spécifiques (du lion ou que moi je préfère appeler celle du « non pas ici, fais attention, je vais me fâcher » indissociable de l’index qui fait non)
- Des amies
- Un degré de zénitude de 5 sur l’échelle de 7 (élaborée par mon modèle)
J’ai perdu
- quelques amies
- une certaine idée de la solitude (seule avec un bon boukin, séance ciné…)
- Certains mots de mon vocabulaire comme : étude de marché (ou alors contexte différent), conf call, deadline, réunion à 14h, on va à la cafèt prendre un kfé ? , le dossier doit être sur mon bureau demain à la première heure…
Je poursuis ou pas l’expérience ?
1er janvier 2006
Rangement : nickel
Lavage : à jour
Repassage : délocalisé
Enfants : élevés
Livres : la totale Simone de Beauvoir
Sexe : avec accessoires
Ça fait 2 ans que je n’avais pas écrit de lettre de motivation. Ma main était tremblante. Mais j’ai tenu bon.
Madame, monsieur,
Votre offre du JJ/MM/AA a retenu tout particulièrement mon attention. Vous trouverez mon C.V en annexe.
Ma dernière expérience me permet en effet de vous assurer d’une adaptation rapide et d’une efficacité immédiate.
J’ai acquis au cours de ces 2 dernières années les compétences suivantes dans le domaine domotique :
- Gestion de situations nouvelles et difficiles
- management équipe 3 personnes puis 4,
- gestion prestataires externes : plombier, chauffagiste…
- suivi budget de 40 KE / an
- capacité d’ubiquité
etc. etc.
Vous êtes ainsi assurés de mes compétences associées à une bonne humeur et un dynamisme non négligeable.
Dans l’attente de vous rencontrer (car franchement, là ce serait une énorme erreur de votre part de ne pas essayer de me voir)
Cordialement,
Brigitte F
Pièce jointe : C.V.
Etudes brillantes
Postes prestigieux
Depuis janvier 2004 : au foyer, maison F, France


